Balla Fofana : « Le numérique sera ce qu’on en fera »

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Balla Fofana, c’est du talent sans chevilles qui enflent. Poète à ses heures perdues durant son adolescence, le jeune papillon sort de sa chrysalide lorsqu’il entre au Bondy Blog, partenaire de Libération. Il s’illustre désormais dans la revue D’ailleurs et d’ici, L’énergie musulmane et autres richesses françaises, dirigé par Marc Cheb Sun. Pour Totem, il revient sur son histoire, faites de heureux hasards qui l’ont conduit à élaborer tout un chapitre pour D’ailleurs et d’ici sur l’énergie numérique, une de ces « autres richesses françaises » racontées ici.

Quel a été votre rôle en tant que coordinateur de la partie 2 du livre D’ailleurs et d’ici qui sortira le 5 novembre prochain ?
Nous sommes quatre auteurs à l’origine de quatre personnages qui illustrent la nouvelle (Love on the web) qui ouvre le chapitre : Adama, le mythomane repenti (je suis l’auteur de cette partie de l’histoire) ; Lisa de Rebecca Benedittini, la jeune femme qui n’a ni la force ni l’envie de tenter de choper à nouveau le train des amours ; Eglantine de Blade Mc/AliMBaye, qui rêve d’un homme et de cuisine. Et puis, Malik de Mabrouck Rachedi enthousiasmé par une annonce qui devient une rencontre. En plus de ma participation à cette nouvelle, j’ai réalisé la partie magazine du chapitre L’énergie numérique avec toutes les statistiques, les initiatives, les opportunités liées au numérique, mais aussi ses dérives, comme le Revenge porn. Mes idées ? Elles me sont passées par la tête en regardant des reportages, en écoutant des émissions de radio, des discussions, etc.

Qu’est-ce qui t’a donné envie de participer à cette aventure ?
J’ai lu le premier volume de D’ailleurs et d’ici. Ça a été une révélation ! Je n’étais pas le seul à me bouger pour que les choses changent ! A chaque page tournée, je tombais sur une idée de reportage encore jamais vu à la télé, avec des habitants des quartiers qui s’assument, qui ne sont pas stigmatisés mais valorisés. Et puis Marc, qui va parfois loin, un peu trop loin (rires), m’a dit : « mais pourquoi tu ne te chargerais pas du chapitre sur l’énergie numérique du prochain numéro ? »

Comment as-tu reçu cette opportunité ?
Eh bien autant je hais lorsqu’on ne me fait pas confiance mais là c’était trop ! (rires) Non, bien sûr, j’étais honoré mais hésitant. Je ne voulais pas accepter et le décevoir par la suite. Il m’a conseillé de réfléchir et puis nous nous sommes revu plusieurs fois. Nous avons beaucoup échangé et ça a finalement pris forme.

Dans la nouvelle que tu as rédigée dans ce chapitre, tu nous présentes Adama, un personnage homosexuel qui, en répondant à une annonce sur internet, fait soncoming out. Y a-t-il un peu de vous en lui ?
Il est vrai que l’identité de ce jeune homme laisse perplexe (sourire). Adama est un mec gay emprisonné dans une vie de mensonges. Il représentait parfaitement le mytho type que l’on trouve sur internet mais j’ai décidé de le rendre sensible avec cette mise à nu de lui pour la première fois. Répondre à ce « Amoureux des contrastes, surprises et différences, cherche son diff’rent Prince d’un jour ou d’une vie » a été pour lui un envol, comme l’a été pour moi le faire de prendre un stylo, du papier et de me laisser aller.

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Ton rapport à l’écriture a toujours été aussi libre ?
(sourire) Pas vraiment… Adolescent, j’écrivais des poèmes mais pas question de le faire savoir. Je serais passé pour le p’tit renoi fragile du quartier qui se prend pour Baudelaire. Alors les vers, les rimes, tout ça, c’était secret mais je rêvais de devenir écrivain.

Mais alors comment as-tu fait pour surpasser cela et devenir journaliste ?
Eh bien j’ai fait une licence de langues étrangères appliquées. En 2005, après les émeutes de Clichy-sous-Bois suite à l’électrocution de Zyed et Bouna qui tentaient de fuir un contrôle de police, je me suis intéressé à la politique. J’ai commencé un master communication politique. C’est dans ce cadre que j’ai réalisé un stage chez France Télévisions. Et puis le dernier jour, j’ai déjeuné avec mon maître de stage et Djamel Hamidi, un des réalisateurs du Bondy Blog. Ce dernier m’a demandé :« tu aimes écrire ? ». J’ai répondu par l’affirmatif tout en précisant que ça ne sortait pas de ma chambre. Il m’a répondu du tac au tac : « tu n’es pas lu ? Alors c’est comme si tu n’écrivais pas » et puis il m’a proposé de participer au Bondy Blog. Je pensais que j’allais prendre son numéro et puis qu’il m’oublierait. Mais malheureusement, enfin plutôt heureusement pour moi, il a préféré m’inviter à la conférence de rédaction. Elle avait lieu le soir-même, j’étais donc obligé d’y aller (rires). On m’a demandé une idée de sujet. Surpris, j’ai hasardé : « la dédiabolisation du Front National ? ». Papier attribué. Et voilà, c’est là que tout a commencé.

Pour en revenir à D’ailleurs et d’ici, pourquoi ce titre : « L’énergie numérique » ? Qu’entendez-vous par là ?
Le numérique est essentiel en terme d’emplois. C’est un véritable levier capable de tuer les différences et l’immobilisme social. Il faut l’intégrer à l’école et éduquer les élèves à son utilisation et la société changera. Les générations à venir pourront ainsi se sublimer et s’émanciper totalement.

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Poser cet extrait de la chanson « Elle me dit » de Mika : « Elle me dit
« Qu’est-c’tu fous sur internet ça va pas bien dans ta tête Regarde le temps que tu perds ! »est donc totalement ironique ?

Oui, enfin, il y a encore quelques années, lorsque je voyais mes petits frères cramponnés à leur chaise devant l’ordinateur, je leur disais que c’était mal. Mais, au fur et à mesure, j’ai pris conscience que tout dépendait de la manière dont ils utilisaient cet outil. Et pour qu’ils ne perdent pas leur temps, j’ai saisi qu’il suffisait de les orienter.

L’énergie numérique peut donc aussi bien être positive que négative ?
Bien sûr ! La question à se poser lorsqu’on utilise internet est : « quel citoyen je veux être ? ». Certains se tournent vers le fliquage des comptes Facebook, Twitter, Instagram, etc, le revenge porn dont 90 % des victimes sont des femmes, les applications de consommation amoureuse comme Tinder. D’autres créent des profils de mytho, de hater, de stalker, de troll, de harceleurs, etc. Mais, heureusement, il y a tous ces web entrepreneurs, ces plateformes américaines en ligne qui permettent aux étudiants un peu fauchés d’entrer virtuellement à l’université avec un accès gratuit à de riches enseignements, etc. On parle de tout ça dans le chapitre.

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L’avenir du numérique, vous le voyez plutôt sombre ou clairvoyant ?
Son futur sera tout simplement ce qu’on fera de lui. Soit bête, méchant, consumériste et malsain, soit créatif, libre et solidaire. Mais ça peut être un énième pouvoir. Il faut simplement réfléchir à un contre-modèle et ne pas le laisser uniquement aux mains des politiques qui en feront ce qu’ils voudront. Il faut faire entendre sa voix, de manière intelligente bien évidemment. Et le web est un bon moyen, à condition de ne pas tomber dans ses travers.

Et celui de ceux qui n’y ont pas accès ?
Ce sera compliqué, notamment par pour trouver un emploi car, aujourd’hui, beaucoup de postes à pourvoir nécessitent des acquis numériques comme la maîtrise des réseaux sociaux, mais aussi la possession d’un ordinateur, rien que pour recevoir les e-mails de son supérieur par exemple. Après je pense que cette fracture de l’accès à ces outils n’est plus vraiment d’actualité. Le problème aujourd’hui est davantage axé sur une inégalité d’usage. Peu savent se servir d’internet et bien.

Y a-t-il des initiatives mises en place familiariser au numérique et à sa bonne utilisation ?
Oui, heureusement ! Par exemple, Emmaüs Connect propose un programme (Connexions Solidaires) destiné à favoriser l’inclusion numérique. Quant à Simplon.co, en six mois, il forme entièrement au métier d’ingénieur en informatique. C’est excellent car c’est un moyen d’empêcher la fuite de nos cerveaux informaticiens vers la Sillicon Valley. La France doit tout faire pour garder ses atouts numériques car ils sont un gage d’avenir.

D’ailleurs et d’ici, l’énergie musulmane et autres richesses françaises, aux éditions Philippe Rey, en kiosques, librairies et sur les plateformes de ventes en ligne. www.differentnews.org.

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Sur l'auteur

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